BARBIE REPORTER

en Mer de plastique

ANDALOUSIE. Jusqu'alors ce nom soufflait un air chaud à mes oreilles, m'évoquait un spectacle de flamenco et de délicieuses tapas... C'est encore vrai, mais une ombre s'abat sur ce paysage idyllique quand vous arrivez dans la province d'Almeria. Le jardin de l'Europe. En effet, ici sont produits les légumes vendus en France, en Allemagne et en Grande-Bretagne. Tomates, poivrons, aubergines... murissent toute l'année. Visibles depuis l'espace, 35 000 hectares sont recouverts de serres en plastique. Plastique dont la durée de vie est deux ans dans ces conditions, changé et non recyclé. Abandonné sur le peu de terre avoisinant, agglutiné au bord de la mer, ça c'est ce que je vois...

L'eau, d'où vient l'eau dans cette région ? Il ne pleut pas. L'eau vient de forages dans les nappes phréatiques, les premiers puits descendaient à trente mètres, maintenant asséchés ou trop pollués par les pesticides, les nouveaux forages puisent à 600 ou 700 mètres.

La main d’œuvre ? Celle que j'ai rencontrée travaillait en famille. De vieux agriculteurs, des plus jeunes, premières victimes de cette agriculture intensive. Ils ne sont plus paysans mais esclaves de la grande distribution et des consommateurs inconscients. Pour ce qui est de la main d’œuvre étrangère, je ne l'ai pas rencontrée, je vous laisse vous renseigner.

Barbie Reporter. Adra, Espagne - 2020.

Barbie est une des femmes les plus connues. Elle est celle avec qui, toutes les petites filles occidentales jouent. Pourtant elle reflète l'image d'une femme décérébrée, qui passe son temps à se changer dans le but de séduire Ken. J'ai eu envie de changer la donne...

Et si Barbie était journaliste, engagée, consciente du monde dans lequel elle vît ?

BARBIE REPORTER s'intéresse à l'écologie, bien que telle une speakerine, elle ait toujours le sourire et prenne des risques inconsidérés en se baignant dans une eau souillée, elle nous montre un paysage désolant et essaie d'en comprendre les tenants et aboutissants.

BARBIE REPORTER me permet une approche plus ludique d'un sujet sérieux.

Je pense qu’il est parfois préférable de décaler un peu l’approche photographique du réel, connu, reconnu, dont on se préserve au point de faire l’autruche. En se promenant, sourire aux lèvres, dans les déchets plastiques, BARBIE REPORTER dénonce une posture générale, consciente et immobile. J’ai choisi une alternance entre mises en scène et paysages. La mise en scène permet les gros plans, les détails, les paysages laisse à voir l’étendue. Pour les paysages, j’ai pris le rôle de celle qui voudrait cadrer l’horizon, les montagnes, les palmiers, mais qui face à cet obstacle environnemental, se retrouve à photographier du plastique, du plastique et encore du plastique.

Série photo BARBIE REPORTER by BIG